La poignée de main est absente, la parole inutile : sur l’asphalte, le langage des motards passe par des gestes, parfois ignorés par ceux qui ne partagent pas leur passion. Le refus de répondre à un salut ? Ce n’est pas une infraction, mais le sujet fait grincer bien des dents dans les forums et groupes de passionnés. D’un pays à l’autre, les habitudes divergent : là, un signe de la main est coutume ; ailleurs, il est proscrit, la sécurité primant sur la tradition.
En France, le célèbre V s’est imposé dès les années 1970. Avant lui, d’autres signes circulaient entre motards, mais le V a fini par gagner la partie. Pourtant, tout le monde ne prend pas part à cette chorégraphie routière : conducteurs de scooters ou de tricycles restent souvent en marge, créant des clivages inattendus au sein des amateurs de deux-roues motorisés.
Le salut motard : une tradition qui traverse les générations
À moto, la rencontre d’un autre motard ne se limite jamais à un simple croisement de trajectoires. Le salut motard, aussi surnommé V motard,, c’est ce geste précis : deux doigts levés, main gauche légèrement décollée du guidon. Bref, mais chargé de sens. Ce n’est pas seulement un code : c’est la trace d’une fraternité, d’un respect, d’une solidarité vivace, partagée bien au-delà des mots.
Au fil du temps, la communauté motarde s’est forgé ses propres rituels. Ce langage gestuel, rien ne l’a dicté, sinon l’instinct d’appartenance. Ce salut n’est pas réservé à une élite : il relie, il rassemble. Sous le casque, l’anonymat s’efface. Un motard en croise un autre : il salue, il reconnaît, il fait corps avec l’inconnu, lié par une route et une passion communes.
Le salut motard dépasse le simple bonjour. C’est un marqueur, un héritage qui circule entre les générations. Dès la formation, le code s’apprend et se transmet : sur les routes sinueuses ou en ville, il s’invite partout où des motards se croisent. Là où l’automobiliste ne remarque rien, le motard affirme sa présence, cultive la proximité, entretient la cohésion.
Ce geste, loin d’être anecdotique, façonne l’esprit collectif des motards. Il rappelle la nécessité de se serrer les coudes, de se reconnaître dans une pratique parfois exigeante, souvent risquée. D’un simple signe, le motard rappelle son appartenance à une communauté soudée, toujours prête à s’entraider, à se soutenir, à partager bien plus qu’une portion de route.
D’où vient ce geste et que raconte-t-il sur la communauté ?
Le fameux geste V, exécuté main gauche, index et majeur levés, n’est pas le fruit du hasard. Il remonte à 1904 : Arthur Davidson et William Harley, fondateurs de Harley-Davidson, l’utilisaient déjà pour se saluer sur les routes américaines. Ce signe de reconnaissance fait alors figure de mot d’ordre chez les pionniers de la mécanique, et s’enracine dans la culture des motards.
L’histoire ne s’arrête pas là. Barry Sheene, champion Moto GP 500, popularise le signe en Europe. À chaque victoire, il lève ce V qui, dans les mémoires, évoque aussi la victoire de Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale. Peu à peu, le geste sort des podiums et s’installe sur toutes les routes, symbole de solidarité, d’appartenance, d’esprit motard.
Le V a traversé plusieurs significations : signe de paix chez les hippies, symbole de contestation lors de manifestations, parfois même une insulte en d’autres temps. Aujourd’hui, il fédère autour de la FFMC lors des grands rassemblements, incarnant la fraternité propre au monde de la moto.
En apparence simple, ce geste condense des décennies d’histoires, de luttes et de solidarité. Il résume la mémoire d’un groupe, uni dans la diversité et la passion, bien au-delà des modes et des frontières.
Les différentes façons de se saluer à moto, du V à l’inattendu
Sur la route, le salut motard se décline en plusieurs variantes. Le V, bien sûr, reste la référence, mais d’autres façons de se reconnaître existent. Voici un aperçu des gestes les plus courants :
- Appel de phare : discret et pratique, il permet de saluer quand la main gauche ne peut pas quitter le guidon. Idéal lors des croisements rapides ou pour avertir d’un danger.
- Pied droit sorti : utilisé lors des dépassements, en ville ou quand un motard vient de se faufiler entre les voitures. Il exprime la reconnaissance tout en gardant le contrôle du véhicule.
- Hochement de tête : sobre et efficace, ce geste s’adresse souvent à ceux qui roulent à proximité ou dans des situations où lâcher le guidon serait risqué.
- Main levée ou pouce levé : alternative au V, cette salutation se retrouve lors de rassemblements ou sur des routes dégagées. Elle souligne l’esprit de fraternité.
La jambe sortie, plus rare, peut signaler un avertissement ou un remerciement, surtout sur des axes très fréquentés. Le langage gestuel du motard ne s’arrête pas là : certains misent sur la discrétion, d’autres aiment sortir des sentiers battus. L’appel de phare, lui, sert aussi à prévenir d’un danger, un réflexe transmis dès la formation moto.
Le salut entre motards vise surtout les motos, parfois les scooters de grosse cylindrée, mais pas les automobilistes ni les cyclistes. Ce code, enseigné dès le début, doit toutefois laisser place à la prudence : éviter de saluer en plein virage, lors d’un freinage ou sous une pluie battante. La sécurité d’abord, mais l’envie de se reconnaître reste intacte, sans s’embarrasser de règles trop rigides.
Et vous, quelle est votre expérience du salut entre motards ?
Sur la route, saluer un autre motard ne relève pas du réflexe automatique. C’est un signe de reconnaissance, une marque de respect, une façon d’affirmer qu’on appartient à un univers à part. Lever deux doigts, adresser un hochement de tête, remercier d’un geste du pied : chaque motard a ses habitudes, mais tous partagent cette tradition de solidarité et de complicité.
D’un département à l’autre, d’une moto à l’autre, le geste change parfois de forme, mais le fond demeure. Certains apprécient la chaleur d’un salut en pleine averse ou sur une route déserte. D’autres préfèrent la discrétion, réservant leur geste à ceux qui partagent le même style, la même philosophie. Le salut n’est alors ni automatique ni forcé, mais un véritable signe de partage.
Le respect se manifeste aussi par un remerciement à celui qui facilite un dépassement, ou par un signe de courtoisie à l’entrée d’un village. Parfois, un simple geste suffit à transformer la solitude du casque en lien d’entraide, en bienveillance silencieuse.
Chacun trouve sa façon de saluer, selon ses envies et ses convictions. Mais sur le bitume, le V, la main levée ou le pied tendu rappellent que la route se partage, et que l’esprit motard, loin des codes figés, fait toujours la part belle à l’humain.


